Chapitre 04 : Mon élève

A/ L'annonce

Je vais assez souvent regarder ce qui se passe sur le site des Français de Boston : www.bostonfr.com, pour vérifier si j'ai des réponses à mes « posts » et puis aussi pour voir ce qui s'y dit, m'informer des événements.

Et puis un jour, un gars du nom de Mike, poste un message, demandant si quelqu'un pouvait lui donner des cours de Français. Je m'empresse de répondre, par mail, que ça m'intéressait et que je serais heureux de lui en donner. Je n'avais aucune idée du prix que j'allais lui demander. Est-ce que 20 c'est bien ? Pas assez ? Trop ?

Il me répond, quelques jours plus tard, m'indiquant qu'il allait m'appeler ...

Pris de panique, j'appelle Heather pour lui demander combien elle paierait, elle, pour des cours ... Elle demande autour d'elle. Pas une indication. Rien.

Et il m'appelle.

J'étais aussi nerveux que si c'était un entretient d'embauche. Je prends tout de même un ton très assuré en lui racontant qu'il était important de bien travailler à l'oral, et tout ce que j'avais pu apprendre par moi même en apprenant l'Anglais.
Et puis il me pose la question fatidique : Combien?
Je lui dis que je n'en ai aucune idée ... 25/30 $ ... 15/20 $ ?
Ca lui va.
Je fixe donc un premier cours à 20 $, et puis si ça lui plaît, les autres seront à 25 $ /heure.

B/ Le premier cours

Le premier cours devait se passer chez lui.
Ok.

-> Jamaïca Plan, Gay Head Street.

Je revêts donc mon plus beau costume et me lance dans l'aventure, un peu en retard d'ailleurs.
Après 40 minutes de trajet dans métro Bostonnien, la couleur des usagers s'était très assombrie. Un groupe d'adolescents chahutaient dans l'allée centrale à grands renforts de «Yo, man ! ».

Ici le jean se porte très large, genre housses de planeur, à tel point que je me demandais s'il ne s'agissait pas, en fait, de robes de Kendo. Quoi qu'il en soit, ces jeunes gens semblaient très « joueurs », et ce n'est qu'à la vue de l'appareil dentaire de l'un d'entre eux que je fus rassuré. Il ne s'agissait pas d'un gang local, mais bien d'adolescents revenant du lycée.

10 minutes plus tard, je débarquais dans une espèce de « Barbes » local, un trou perdu, oublié de hommes et de Dieu, où se croisaient des gens de toutes les couleurs, à l'exception, peut-être, du blanc. Je me sentais un peu palot, tout d'un coup ...

Trottoirs et chaussées n'étaient que très moyennement entretenus, les devantures des magasins rouillaient tranquillement, affichant ça et là des restes de couches de peinture (pas récentes), et les gamins jouaient au milieu des poubelles éparses ...
L'un d'entre eux, perché sur un grand conteneur, m'interpella même !
Totalement incapable de comprendre ce qu'il m'avait lancé, je répondais (avec un grand sourire) par un signe enjoué et affirmatif de la tête, vaguement conscient qu'une toute autre attitude m'aurait probablement causé des ennuis.
Après réflexion, ça sonnait plutôt comme un compliment, mais avec, quand même, une note sarcastique. Il est vrai que j'avais plutôt l'air du gars ''vraiment pas à sa place''.
Pour bien comprendre la vision que j'offrais, voici une photo de moi, portant la tenue dans laquelle je m'étais lancé à l'assaut du « Barbes » Bostonien : Photo. (sauf que là, en plus, j'avais le lecteur CD mp3 à la ceinture et les écouteurs aux oreilles)

Mike (mon futur client/élève) m'avait décrit assez précisément le chemin que je devais emprunter et, fort de mon bon droit de marcher sur un trottoir publique, je remontais la rue principale, à la recherche du premier point de référence : un « Dunkin Donut ».

Après 20 minutes de marche, je n'avais croisé aucun établissement plus grand qu'un « Grec/frite », et aucune des rues que j'avais passées ne mentionnaient le nom de la rue de mon client. En fait, les panneaux mentionnant les noms des rues semblaient même avoir tous disparus, et les seuls qui restaient encore debout finissaient de rouiller, tordus et illisibles.

Me vient alors le réflexe, naturel, de chercher un plan (genre grand panneau, posé par la municipalité, comme à Paris, quoi). J'en trouve enfin un, mais celui-ci n'indique, en aucun point du quartier, la rue que je cherchais ...

Puis, deuxième réflexe naturel : demander mon chemin ...
« Demander mon chemin», oui, mais à qui ?
A l'un de ces ... eux ... gangsters ?
Le nom de la rue était : « Gay Head Street », ce qui signifie « Rue de la tête d'homosexuel ».

(...)

J'avais fait 1h30 de trajet pour aller me perdre au beau milieu d'un ghetto noir, et aller parler à un inconnu américain, moi un Français, d'une « tête d'homosexuel ».

(...)

La lumière du jour, pourtant si claire, commençait à tomber et, en moi, un doute affreux commençait à se lever.
J'attrape mon portable et appelle ma bien aimée.
Je lui demande de m'indiquer l'emplacement exact de l'adresse que je cherchais.
Elle lance un navigateur, interroge www.mapquest.com.
Elle me répond, affolée :

« Quoi ? Tu es où ? »
« Je te l'ai dis avant de partir, au sud de Boston. Ca s'appelle, euh, "Jamaïca plan", ou un truc comme ça. »
« Mais tu n'es plus à Boston, là. Jamaïca Plan c'est le nom d'une ville, pas celui d'un quartier de Boston. »
« Et alors ? Ca vient ces indications ? Parce que ici ,c'est pas vraiment disneyland, si tu vois ce que je veux dire. »
« Ca m'étonne pas. T'es en plein dans le quartier chaud de la région. Si j'avais su où tu allais, je ne t'aurais pas laissé partir. »
« Quoi ?! »
« Et puis la rue dont tu me parles, et bien Mapquest ne la trouve pas.
   Et si Mapquest ne la trouve pas, ça veut dire qu'elle n'existe pas. Tu as téléphoné à ton élève ? »

Les femmes sont formidables !
Elles ont une solution à tout !
Le genre de solution à laquelle tu n'aurais pas pensé ... bien sûr que non, je ne l'ai pas appelé, j'ai passé la dernière demi-heure à crier son nom dans les rues, c'est beaucoup plus amusant !

« Ben j'ai pas son numéro sur moi, Et puis j'étais tellement sûr, ça avait l'air si simple. Et puis je suis parti un peu en catastrophe tout à l'heure. »
« Bon, bah revient. On verra plus tard. »
« Et bien, c'est ce que je suis en train de faire, figure toi ! »

Au retour, les enfants que j'avais croisés à l'aller n'étaient plus là. Ou alors ils avaient grandi très vite et, au passage, avaient perdu leur si joli sourire.

J'avais rangé mon lecteur CD dans ma mallette, que je ne portais plus « négligemment en bandoulière », d'ailleurs, mais fermement coincé sous mon bras gauche, plutôt.

Et puis mon téléphone s'est mis à sonner.
C'était le Mike en question.
Il me demande de mes nouvelles, j'entends des bruits derrière lui.

Ah ça ! Si ce gros con d'américain a voulu se payer la tête d'un petit Français en l'envoyant à « Perpete les Oies » chercher une rue inconnue à l'amusant patronyme de « tête d'homosexuel », il est hors de question que je lui laisse comprendre que son coup a marché !

« Allô, oui ! Non, je n'y suis pas ! Et il est hors de question que je vienne d'ailleurs ! Surtout pour chercher une rue qui n'existe pas, à cette heure là, et dans un quartier comme Jamaïca plan ! C'est ma femme qui m'a averti du coté 'chaud' de l'endroit ! Sachez que je ne suis pas content du tout et que si c'est une blague, et bien elle n'est pas drôle du tout ! Si d'un autre coté vous voulez vraiment des cours, il n'y a pas de problème, mais ce ne sera pas ici ! »

Et il me répond, tout désolé, que la rue existe bel et bien, qu'il est très sérieux quand aux cours de Français, et qu'il est désolé de ce mal-entendu

(...)

Nous reprenons rendez-vous pour le lundi d'après, chez moi, à 19H00 pour une heure de cours, je viendrais le chercher au métro.
Je raccroche, dubitatif.

(...)

Après être rentré chez moi (1h30 après, donc) nous réalisons avec Heather que la rue existe effectivement, mais que « Gayhead » n'est pas « Gay Head ».

Oups !

C/ La découverte

Le rendez-vous étant fixé au lundi d'après, je reprépare un cours d'introduction avec textes et CD, et le jour fatidique arrive.

Il était pas bien grand (1m70), mais plutôt costaud. Un air discret se dégageait de son maintient, et surtout, en plus d'avoir la tête complètement rasée : il avait les bras ... couverts de tatouages !

Il me re-présente ses excuses pour le mal-entendu de la fois d'avant, ce à quoi je réponds par d'autres excuses, les miennes.
C'est vrai que je n'étais pas très fier de moi, d'autant qu'au final, quand on résume la situation de son point de vue : il m'avait invité dans un endroit où il vit, que j'y étais arrivé en retard (de toutes façons) et que je l'avais reçu comme un chien dans un jeux de quilles lorsqu'il était venu aux nouvelles ... J'évitais toutefois de lui dire que je m'étais rendu dans son quartier.

Nous passons l'heure de cours à parler, à essayer des trucs et puis, vers la fin du cours, je lui propose l'apéro.
Nous prenons un pastaga, tranquillement et il m'indique le pourquoi de ces cours : Il ne fait pas ça pour son boulot, pour émigrer en France ou même pour garder un niveau, qu'il n'a d'ailleurs pas.
Il a pris Français au lycée et aujourd'hui, sa timidité aidant, il avait cherché une activité « spéciale » qui, s'il arrivait à l'accomplir avec succès, l'aiderait à se sentir capable de faire les choses, d'aller de l'avant. Il cherchait une activité dont la difficulté, après avoir été vaincue, lui donnerait confiance en lui.
Au cours d'une conversation, il m'apprend qu'il est bassiste dans un groupe local.
C'est marrant, quand même, comme les bassistes peuvent se ressembler, comme ils peuvent avoir tous la même image, le même profil.
Et là je m'adresse à tous les bassistes du monde : "discret, mais efficace".

Bon.

Et bien ça tombe bien, parce que vu ses motivations, j'avais décidé de le faire chanter. J'hésitais entre « classiques », « paillardes » ou bien « Brassens ». Je fixais mon choix sur « Le mauvais sujet repentis » de Brassens, qui regroupe un peu tout.
Je ne voulais quand même pas le choquer avec des paillardes telles que « L'hôpital Saint Louis », ou « Heureusement il y a l'anus » (à chanter sur l'air de la publicité Findus).

Et puis un jour je reçois un mail m'expliquant qu'il aimerait annuler le cours suivant (genre le matin pour le soir) parce qu'il n'a pas eu le temps de travailler et qu'il est un peu court en cash, qu'il a passé la semaine en répétitions avec son groupe, pour un concert qu'il a fait le week-end, dans un aéroport, avec une cinquantaine d'autres groupes.
Je lui réponds qu'il aurait pu prévenir avant, pour que je puisse ... m'y rendre et y assister, au fameux concert, avec Heather bien sûr.
C'est là qu'il m'a répondu qu'ils avaient un site web, avec des extraits de chansons de leur premier album, et tout !

« Un album ? » M'exclamais-je en moi même !

Ai-je donc affaire à une célébrité ?
Une de ces stars du rock à la recherche de l'anonymat ?
Je me jette donc sur mon mozilla préféré et je surfe sur le site en question, lis, récupère, et écoute ...
Il m'avait prévenu que son groupe ne serait peut-être pas le genre de musique que j'affectionne.
Oh putain !
C'est pas du Brassens, ça c'est sûr !
Non !
C'est une sorte de « Rock Alternatif », mais qui serait plutôt « métal ».
« Métal » ça veut dire : avec un batteur encore plus lourd qu'un batteur de hard rock, et puis avec un son plus agressif aussi.

Mais plutôt que de plagier un journaliste Français, je vais insérer sa critique :



Quelle puissance !!! Voilà le genre d'album qui vous donne envie de prendre votre tronçonneuse et d'aller décimer des forêts entières ... Issue de la prolixe scène de Boston, Superkollider ravira tout les nostalgiques de l'epoque Helmet/Stompbox. Oeuvrant dans un style similaire, ces deux combos avaient marqué leur époque. Le premier à l'echelle internationale, le second en s'affirmant comme le chef de file de cette scène Bostonienne. Riffs incisifs, concis ( comme les titres des morceaux, voyez donc: "Résolution", "Transmission", "Element", "Blood", "Sleep"...) et carrés, rythmique métronomique et groovy , hurlements d'assassins. A l'instar de ses deux influences majeures, Superkollider assène un métal mécanique et monolithique, précis comme une horloge suisse, barbare comme un Conan ... Une production rapeuse n'arrange rien à l'affaire ... Terry boisclair, hurleur en chef éructe, bien sûr, d'une manière très typé hardcore mais module et s'applique à ne pas lasser l'auditeur.
On plonge donc dans un univers sidérurgique dans lequel votre crâne fait figure de matière première. Bien sur ce premier album ne sonne pas très "varié", malgré quelques timides tentatives mélodiques, mais parfois, du brut de décoffrage de cet accabis, ça soulage !!!! Et puis le credo du label Wonderdrug n'est-t'il pas "We like it loud" ?

Olivier

Pour ceux qui ont le coeur super accroché (et les oreilles aussi, et puis les cheveux), voici un lien sur une de leur chansons, un fichier mp3 qu'ils ont mis sur leur site : Transmissions (bon courage)
Moi j'écoute ça en boucle depuis 3 jours, ça réveille !
Sur leur site, il y a même tout un tas de photos.
Et puis au cours des échanges de mails qui ont suivis, il me dit qu'ils jouent, tout près de chez moi, le 10 Octobre 2003.
C'est dans une semaine.
Heather et moi allons y aller ...

D/ Le concert

Le concert a bien eu lieu.
Nous nous y sommes rendus.
J'avais tout prévu :

- Les B.A.B. dans la poche, pour pas devenir sourd en plus de revenir décérébré.
- Les rangers aux pieds, pour pouvoir survivre à la foule déchaînée, au cours de pogos fous.
- Un bon gros jean des familles et mon glazik sur le dos.

---> J'étais prêt à affronter une guerre, une émeute, les forces de police et Dieu.

Pour ceux qui n'ont pas télé chargé puis écouté (jusqu'à la fin) «Transmission », il est inutile de continuer.
Vous ne pouvez comprendre la violence, la rage, la folie, qui peut prendre les gens soumis à ce genre de musique.

Mais bon, c'est pas grave, on continue quand même.

Donc, les portes ouvraient à 20h00. Heather pensait y arriver vers 23h00, tranquille.
J'avais un peu peur de louper SuperKollider alors nous y sommes arrivés vers 21h30.
Il faut savoir que les groupes ne commencent généralement pas à chanter avant que les spectateurs n'aient fini leur repas, et n'arrivent ... les soirées ne commençant vraiment que vers 22h00.

Effectivement, c'était désert.

En arrivant, nous apprenions le principe de la soirée : en fait, il s'agissait d'une sorte de concours « métal » pour savoir, parmi les 6 ou 8 groupes qui jouaient ce soir là, lequel ferait la première partie d'un groupe plus connu.
A l'entrée était disposée une petite boite, genre boite aux lettres, destinée à recevoir les votes des personnes présentes.
A chacun des clients était remis un bulletin de vote. Et nous avions toute la soirée pour nous décider.

Le premier groupe passe.

Malgré l'heure, la piste était occupée par une bonne trentaine d'adolescents, certainement les amis du groupe.
Le chanteur hurlait tout ce qu'il pouvait !
La musique était agressive !
Le son déchirait sa race !
Et pourtant, malgré toutes ces conditions idéales à un bon pogo bien senti : RIEN !
Aucun d'eux ne touchait l'autre et, même au plus près de la scène, les gamins présents auraient eu assez de place pour s'asseoir et même s'allonger par terre sans risquer de gêner qui que ce soit.
Ces jeunes gens étaient d'un calme Olympien !
Ou alors ils étaient sourds !
Non, je sais : Ils suivaient tous le même programme à base de tranquillisants et autres anxiolitiques majeurs.

J'en revenais pas.
On aurait dit des zombis ...
Même un concert de Chantal Goya aurait déchaîné plus de passion que ça.
Personne ne bougeait.
Ils étaient comme hypnotisés, ou sous la menace d'une arme.

Et puis le second groupe est passé.
Alors là c'était pire : il n'y avait plus personne sur la piste.

Heureusement, Superkollider passait à minuit et demi, ce qui laissait donc aux retardataires le temps d'arriver.

Et bien vous allez rire, mais à minuit et demi, on était 8 !
8 : sur deux rangs ... (4 garçons devant et 4 filles derrière)
Et parmi les spectatrices se trouvaient la copine du chanteur et l'une de ses amies, la copine du bassiste et ma femme.
Notez qu'on essayait d'occuper le maximum de place, laissant 2 bons mètres entre le premier et le second rang.
J'avais presque peur de m'avancer jusqu'au premier rang tellement je me sentais seul ...

J'étais tout à droite et, sur ma gauche, un gars plutôt massif, délirait dans son monde, à grands renforts de grognements, de doigts levés bien haut et de coups de tête dans le vide.
Je ne pouvais pas me plaindre. Au moins c'était un début d'ambiance.
Et sur la gauche, deux gars de taille plutôt moyenne essayaient de suivre le mouvement en donnant, deci-delà, des coups de tête timides.

L'horreur intersidérale !

Bon.
Réfléchissons.

Après m'être assuré, avec l'aide de Heather et de la copine du bassiste, que le nombre de votes en faveur de notre groupe préféré était loin au dessus des autres, il nous restait à lancer une vraie ambiance, à leur mettre le feu !

Ah oui, parce que je ne vous ai pas dit.
L'un après l'autre, nous avons profité d'une certaine vacuité dans le service d'ordre (à moins que ce ne soit une confiance excessive dans l'éducation très droite des américains, toujours très soucieux du respect de la loi) pour chouraver honteusement un bon paquet de bulletins de vote. Et vu le nombre de spectateurs présents ce soir, ça a été vite fait de leur donner l'avantage.
Nous écrivions successivement de la main droite, de la main gauche, changeant de style d'écriture à chaque bulletin.
J'en profitais pour ajouter des commentaires. Ca donne toujours plus de poids, les commentaires. C'était des trucs du genre «Terry, I love you ! », ou alors « Terry you make me wet ! ». On s'occupe comme on peut Jusqu'au moment où Mike m'a dit que la copine de Terry était d'une jalousie terrible, horrible.

M'enfin bon, bref, l'ambiance ... à 8, ça n'allait pas être de la tarte !
D'autant que les deux lobotomisés sur la gauche avaient l'air d'être autant sous tranquillisants que les deux frangines de derrière.
Je tentais donc la manoeuvre dites du « petit 8 », gravitant autour des pogoteurs potentiels, pour bien attirer leur attention sur l'étrangeté du concert, autant que sur la nécessité de bouger un peu.

Nada. Rien.

Le massif du milieu m'a à peine remarqué, et les deux débiles sur la gauche se sont discrètement reculés d'un bon pas ...

Merde, j'éclaircissais les rangs au lieu de les resserrer.
Fort heureusement, il restait la copine du bassiste pour me donner, à chaque passage, de vigoureux coups d'épaules, avec la ferme et visible intention de jouer au pogo avec moi.
Mais si elle compensait sa légèreté (Contrairement à pas mal d'américaines, elle était plutôt menue) par son énergie et son extraordinaire vitalité (elle me faisait mal à chaque fois), ça ne suffisait néanmoins pas à mettre un vraie ambiance virile de vrais mecs qui font un vrai pogo d'hommes (même si elle me faisait mal à chaque fois).

Et puis il est arrivé !

Un gars en T-shirt blanc.
Magnifique, indestructible, comme envoyé par les dieux compatissants et plein de pitié pour ma détresse.
D'abord discret, il s'est placé sur ma droite, au premier rang.
Massif, il faisait ma taille, à peu près. Je le jaugeais du regard, inquiet, me demandant si lui, au moins serait ouvert à un pogo classique.

Et puis l'étincelle, l'instant fatidique, l'éclair de vie : Nos regards se sont croisés, et, en une seconde, j'ai compris.
Lui, moi, nous deux, ensembles.
Un sourire, d'abord timide, puis l'explosion de joie.
J'avais trouvé mon âme soeur en lui.
Il avait trouvé son âme soeur en moi.
Nous nous sommes donc jetés l'un sur l'autre dans une franche et virile accolade, suivie de près par un vrai pogo.

Enfin !

(...)

A tous ceux qui se posent la question : non, je ne suis pas gay.

(...)

Après quelques instants, le massif tranquille du milieu nous a rejoint, et les deux gamins de la gauche ont carrément disparu du devant de la piste, rejoignant le coin calme et sûr où s'étaient retrouvées les 2 gonzesses de gauche.

Ce n'est qu'après une ou deux chansons que les gars de la sécurité sont intervenus.

????

Sur le moment j'ai cru qu'ils nous rejoignaient pour pogoter avec nous.
Mais non. Ils n'avaient aucune intention de danser.
Ils nous faisaient signe de nous calmer un peu.

Un peu dégoutté, je quittais la piste en jurant, mais un peu tard, qu'on ne m'y reprendrait plus.
Et puis, après m'être assis, j'ai réalisé que le groupe était toujours sur scène et se donnait toujours autant, à fond.
J'ai donc ravalé ma fierté blessée, et j'ai rejoint mon collègue pour, quelques instants plus tard, recommencer à jouer à des jeux de mecs.
(Ce n'est que le lendemain que j'ai réalisé que je m'étais fêlé une côte)

Le concert se terminait sur les remerciements du chanteur qui nous a quand même gratifié d'un immense sourire et d'un « Vous êtes vraiment complètement cinglés, les gars ! » (You guys are psycho !), ravis qu'ils étaient de l'ambiance qu'on avait mise.

Et puis, le temps de remballer et de discuter encore un peu, nous nous sommes dit au revoir, et nous sommes rentrés.

Whaou !

Ces gars là déménagent vraiment ! Ils ont une musique complètement dingue !

Je conseille donc à tout ceux qui ont besoin de se dégager les neurones, les sinus et autres parties du corps qu'on peut avoir besoin de bousculer, d'aller se procurer cet album au plus tôt.

Il est en vente chez tous les bons discaires, ou plus simplement en ligne : SE PROCURER L'ALBUM ...


Note :

preservatives : conservateurs alimentaires

Whammy bar : Vibrateur (sorte de manivelle qu'on trouve sur les guitares électriques, qui permettent de tendre un peu plus ou un peu moins les cordes.)


Bonne écoute ...








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